NON, la "théorie du genre" n’existe pas, n’en déplaise au pape !

mardi 4 octobre 2016
par  Webmestre FSU
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Le 2 octobre, le pape François a accusé les manuels scolaires français de propager un « sournois endoctrinement de la théorie du genre »… L’occasion pour nous de rappeler que, non, la « théorie du genre » n’existe pas !

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Après la polémique autour des manuels de SVT pour les classes de 1ère qui avait eu lieu en 2011, les lobbys conservateurs, et en particulier les vigi-gender (1), issus de la « Manif pour tous », mènent depuis 2013 une nouvelle offensive contre ce qu’ils appellent « la théorie du genre » à l’école… La vision qu’ils veulent en donner est caricaturale et mensongère, laissant entendre qu’on mettrait dans la tête de nos élèves l’idée qu’ils pourraient choisir leur sexe une fois adultes !!

Qu’est-ce que les études sur le genre (ou gender studies) ?

Il s’agit en fait, non pas d’une théorie, encore moins d’une idéologie, mais d’un concept, un domaine de recherche pluridisciplinaire, né il y a une trentaine d’années en Europe, qui fait référence aux qualités, rôles, responsabilités associés traditionnellement aux hommes et aux femmes dans une société. En France, on a longtemps employé surtout les expressions « rapports de sexe » ou « rapports sociaux de sexe ».

Le genre est parfois défini comme le « sexe social », différencié du sexe biologique. Il s’agit d’une construction sociale de la différence des sexes, telle que Simone de Beauvoir l’écrivait en 1949 : « On ne naît pas femme, on le devient », expression tout aussi symétriquement applicable aux hommes. Cette différenciation des sexes fonde une hiérarchie au profit du masculin qui varie en fonction des lieux, des époques et du contexte socioculturel. Pour d’autres chercheurs et chercheuses, le genre est le système qui produit la bipartition hiérarchisée entre les hommes et les femmes, la hiérarchie des sexes et des sexualités. Le cadre normatif du système de genre peut se révéler très étroit, générant sexisme et homophobie, et enfermant les individu-es dans des rôles dans lesquelles ils et elles ne se reconnaissent pas forcément.

Être sensibilisé-e aux études de genre, c’est donc faire la part du culturel, des stéréotypes pesant sur les individu-es en fonction de leur sexe, et avoir conscience des rapports sociaux inégalitaires entre les sexes. En gros, le chromosome Y n’est pas incompatible avec les tâches ménagères, et le destin des femmes n’est pas exclusivement d’être mères, par exemple ! Il ne s’agit pas non plus de nier les différences biologiques, mais de les remettre à leur juste place.

Ces études se heurtent à de puissants discours qui rapportent les différences perçues et la hiérarchie entre les hommes et les femmes à un substrat biologique, à un invariant naturel (voire à une « loi divine » pour certain-es). Leurs détracteurs défendent une vision essentialiste et glorifient la prétendue « complémentarité des sexes » ; ils ont fabriqué l’épouvantail de la « théorie du genre » pour contrer le mouvement d’émancipation des femmes et discréditer l’éducation à l’égalité à l’école.(2)

En résumé : La « théorie du genre » ou « gender » n’existe pas ! Il existe des recherches sur le genre, qui est parfois défini comme un outil d’analyse, parfois comme un système de hiérarchisation entre les sexes (les deux définitions ne s’excluant pas forcément). Celles et ceux qui s’élèvent contre le « genre » en sont en réalité les gardien-nes du temple !

A l’école :

Il ne s’agit pas de faire la promotion d’une orientation sexuelle mais d’éduquer à l’égalité filles-garçons. De même, il n’est pas question d’enseigner les études sur le genre à l’école.

Mais il est nécessaire que l’école les prenne en compte aussi bien dans son enseignement que dans sa gestion des relations entre enfants. A l’école, ces rapports sociaux de sexe ont cours et sont maintenant bien connus. Le système éducatif les reproduit par ses hiérarchies entre professionnel-les, l’orientation scolaire et professionnelle des élèves et étudiant-es, les pratiques de classe et les interactions enseignant-e/élèves, l’image des disciplines, l’évaluation des élèves, les manuels scolaires, la littérature de jeunesse, l’occupation de l’espace dans la cour de récréation et la présence symbolique dans la classe…

Nous devons veiller à ne pas enfermer nos élèves dans des schémas étriqués, afin de leur laisser ouvert le champ de tous les possibles : choix d’orientation scolaire et professionnelle, choix de loisirs, et afin de permettre l’épanouissement de toutes et tous. Il s’agit de lutter contre les stéréotypes, de promouvoir la diversité. Cela se pratique au quotidien, dans nos attitudes et nos réactions, et peut également être traité lors d’activités pédagogiques plus spécifiques.

Lutter contre les discriminations et les stéréotypes véhiculés sur les filles et les garçons est précisément un des objectifs de l’école : depuis 2000, la Convention interministérielle pour l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif (nouvelle version signée en février 2013) entend sensibiliser les élèves (et les personnels) à l’égalité filles/garçons.

Et pour répondre au pape :

Si le pape s’en est pris une nouvelle fois aux manuels scolaires, c’est parce qu’un père de famille français, catholique, a raconté comment son fils, interrogé pendant un repas sur ce qu’il voulait faire plus tard, avait répondu : « Être une fille. » (3)

Avec un peu de compassion, on peut facilement imaginer que, si les manuels ont joué un rôle dans cette histoire, c’est peut-être en permettant à ce jeune d’exprimer quelque chose qu’il ressent depuis toujours. Le phénomène de sursuicidalité qui touche les adolescent-es en questionnement devrait être un sujet de préoccupation universel, alors que la société est encore trop enfermée dans le cadre rigide de l’hétéro-normative de la domination masculine présenté comme « normal ».

1 Qui se cache derrière les vigi-gender ? Ces collectifs de parents auto-proclamés sont des émanations de La Manif pour tous, certains ayant aussi des liens avec l’Association des Familles Catholiques. Faute d’avoir pu empêcher l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, ils s’en sont pris à l’école publique, dès septembre 2013. A l’époque, leur cible était les ABCD de l’égalité. Il s’agit donc clairement d’une offensive de mouvements conservateurs et réactionnaires, parmi lesquels des organisations d‘extrême droite et des catholiques traditionalistes, visant à l’ingérence des familles par rapport aux contenus d’enseignement, jetant la suspicion sur toutes les activités d’éducation contre les discriminations.

2 Voir par exemple le texte d’Anthony Favier « Les catholiques et le genre – Une approche historique » : http://www.laviedesidees.fr/Les-catholiques-et-le-genre.html

3 http://www.lemonde.fr/religions/article/2016/10/03/le-pape-accuse-les-manuels-scolaires-francais-de-propager-la-theorie-du-genre_5007002_1653130.html


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